J'ai lu quarante-trois sites de cliniques et de cabinets du Québec. Voici ce qui revient.
J'ai passé les deux dernières semaines à lire, page par page, quarante-trois sites de cliniques et de cabinets du Québec. Des dentistes, des physiothérapeutes, des ostéopathes, des notaires, des cliniques vétérinaires. Sherbrooke, Trois-Rivières, Saguenay.
Je ne cherchais pas des fautes. Je cherchais à comprendre pourquoi des pratiques qui vont très bien dans la vraie vie sont presque invisibles quand quelqu'un tape une question dans Google.
Ce que j'ai trouvé m'a surpris, et pas dans le sens que j'imaginais.
Ce n'est pas une question de qualité
Les sites sont bons. Presque tous sont propres, rapides, corrects sur téléphone, avec de vraies photos de la vraie équipe. Quelqu'un les a construits avec soin, et ça se voit.
Le problème n'est jamais le site. C'est ce qui s'est passé après.
Vingt-cinq sur quarante-trois n'ont aucune section de contenu
Ni blogue, ni conseils, ni actualités. Rien entre la page « Services » et la page « Nous joindre ».
Ça veut dire que le site répond à une seule question : qui êtes-vous et où êtes-vous ? Il la répond bien. Mais la personne qui ne connaît pas encore la clinique ne pose jamais cette question-là. Elle tape « est-ce que je peux voir un physio sans référence », « mon chien boite depuis deux jours », « à quel âge amener mon enfant chez le dentiste ». Et elle atterrit sur un site de Montréal, ou sur un forum où quelqu'un a répondu de travers en 2019.
Et dans les dix-huit qui ont un blogue, il est presque toujours arrêté
Neuf de ces blogues affichent une date lisible. Six d'entre eux n'ont rien publié depuis plus de quatre mois. Le plus ancien s'arrête au 13 décembre 2018.
Ce détail est plus coûteux qu'il en a l'air. Une page « Nouvelles » dont le dernier billet date de deux ans ne dit pas « on est occupés ». Elle dit « on a essayé quelque chose et on a abandonné », et c'est la dernière impression que garde quelqu'un qui a défilé jusqu'en bas.
Les petites choses, maintenant
C'est en lisant ligne par ligne que la vraie histoire est apparue. Sur ces quarante-trois sites, j'ai noté, entre autres :
Un numéro de téléphone resté à xxx-xxx-xxxx, le texte du gabarit, jamais remplacé, sur la page de contact. Une page d'accueil qui affiche encore un témoignage de démonstration signé par un dirigeant qui n'existe pas, dans une entreprise qui n'existe pas. Quinze flèches --> en haut d'une page de conseils, du code de commentaire qui a débordé dans le texte visible. Un avis de fermeture pour les vacances de Noël, toujours en majuscules et en première ligne, au mois de septembre. Une mention de droits d'auteur figée à 2020. Un bouton « Contactez-nous » qui envoie vers l'adresse courriel de démonstration du modèle. Une description Google qui promet un service que le site n'offre pas.
Et le plus fréquent de tous, trouvé trois fois en deux jours : l'adresse courriel affichée à l'écran n'est pas celle du lien. Quelqu'un qui recopie ce qu'il voit écrit dans le vide, et personne ne le saura jamais, parce que les gens qui n'arrivent pas à vous joindre ne vous appellent pas pour vous le dire.
Ce que ces défauts ont en commun — et ce n'est pas de la négligence
Aucun de ces sites n'est négligé. Aucune de ces personnes n'est paresseuse. Ce sont des gens qui voient des patients, des clients, des animaux, toute la journée.
Le point commun est ailleurs, et il est structurel : le site a été construit une fois, par quelqu'un dont le mandat s'est terminé à la livraison, et depuis, il n'appartient à personne. Le propriétaire pense que c'est réglé. L'agence pense que le mandat est fermé. Et le site continue de tourner, tout seul, en s'éloignant lentement de la réalité de la pratique.
Un site n'est pas une brochure qu'on imprime. C'est plus proche d'une vitrine : quelqu'un doit y passer de temps en temps.
Ce que ça change concrètement
Ce n'est pas une question d'esthétique, c'est une question d'arithmétique. Une clinique qui publie une page utile par mois en a douze au bout d'un an. Douze portes d'entrée, chacune répondant à une question précise que des gens de sa ville tapent réellement. Une clinique qui n'en publie aucune en a une : son nom.
Et le nom, seuls ceux qui la connaissent déjà le cherchent.
Cette semaine, trois minutes
Ouvrez votre propre site sur votre téléphone, comme un inconnu le ferait. Descendez jusqu'en bas de la page d'accueil et lisez l'année des droits d'auteur. Cliquez sur votre propre adresse courriel et regardez ce qui s'ouvre. Si vous avez une section de nouvelles ou de conseils, regardez la date du dernier billet.
Trois vérifications, trois minutes. Elles ne coûtent rien, et sur les quarante-trois sites que j'ai lus, il y en a très peu qui passent les trois.